LES TEMPLIERS, LE PAYS DES 4L

Les grands causses confinés, c’est quoi ? Reportage photographique réalisé le jeudi 26 mars 2020, au dixième jour du confinement en empruntant la route des Templiers.

Ce matin, le causse était poudré comme un gâteau marbré. Juste une fine pellicule de neige, juste soufflée, juste semée avec une telle délicatesse comme lorsque l’on jette une poignée de riz d’un revers de la main sur la robe d’une mariée.

Etait-ce le dernier petit caprice d’un hiver nonchalant ? Juste une dernière petite provocation avant de tirer sa révérence ? Franchement, la Pouncho comme passé au tamis, couronnée d’une fine couche de sucre glace saupoudrée, c’était réussi.

Je suis donc parti sur la route des Templiers avec cette petite carte postale en tête, comme imprimée sur le coin gauche de mon pare brise, laisser passer éphémère, pour cheminer sans blanc seing sur ces causses tant désirés, eux aussi confinés.

J’ai laissé derrière moi l’aire de départ des Templiers et cette image froissée, raturée d’une édition avortée. Ce 19 octobre 2019, nous avions pensé vivre le pire, cueillis par un tel désarroi, finalement, le pire était à venir. Nous avions vécu une journée noire…finalement, le noir était à venir. Puis nous avions traversé des semaines ensablées…finalement, les sables mouvants étaient à venir, sous nos pieds, nous la génération des soixante glorieuses, de la libre pensée, de la libre circulation, de la libre économie, de la libre bonne santé, du libre courir.

«Gilles j’aimerai que tu me donnes un conseil». La veille, j’avais reçu un appel de Philippe, un dévoué bénévole des Templiers, lui aussi organisateur dans le Vercors, la voix très inquiète, tout simplement prisonnier d’un brouillard épais «toi, tu ferais quoi à ma place ?». Nous avons parlé, pour finir je lui ai juste conseillé, cafouillant dans un trousseau à mille clefs à chercher une fragile vérité « tu peux encore attendre mais surtout, ne prends aucun risque». J’ai pensé, je ne l’ai pas dit «ce n’est que de la course à pied».

J’ai donc arpenté le Causse Noir puis le Larzac et à nouveau le Noir sans déboires. Ce que j’ai vu ? Finalement des villages certes confinés mais où la vie rurale simple, sans friandise ni gourmandise poursuit son cours tranquille. Ici on labours, ici on creuse, ici on tronçonne. Ici on grattouille à la binette un petit carré de terre meuble en rêvant de belles citrouilles. Ici, on remonte un mur, ici on remonte un toit, ici, on livre le fioul. Ici, on soigne une grand-mère, un grand père isolé, esseulé. Ici, on pêche dans la Dourbie, une petite ligne à la main, à taquiner le vairon, pour voir filer l’eau claire sous ses pieds. Ici, on médite sur la Puncho, les jambes repliées en croix, les mains sur les genoux pour implorer de la sagesse, pour chasser les diablesses.

Ah oui, j’oubliai, j’ai vu un faisan effrayé, une poule faisane apeurée, une biche effarouchée. J’ai vu Usain Bolt, c’est le nom que j’ai donné au chien de Mas de Bru, un roquet imbattable sur le 60 mètres départ arrêté, qui aboie plus qu’il n’est réellement méchant…et j’ai vu…trois 4L. J’ai pensé naïvement, la vie en 4L, ça devait donner des ailes, pour tisser une vie en dentelle, pour se sentir hirondelle. C’était avant.

PORT FOLIO

Reportage photographique réalisé le jeudi 26 mars 2020, au dixième jour du confinement en empruntant la route des Templiers.

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