UNE VICTOIRE ROSE, VERT ET ROUGE

Décryptage d’une victoire (dans l’attente des conclusions du recours  posé par le maire sortant Christophe Saint Pierre) , celle d’Emmanuelle Gazel qui pour 46 voix s’installe dans le fauteuil de maire de la ville de Millau. A 42 ans, première femme accédant à de telles fonctions portée par une liste d’union de la gauche où les Verts ont également pesé dans la victoire finale. 

MILLAU PASSE AU VERT

Grégory Doucet à Lyon, Michelle Rubirola à Marseille, Jeanne Barseghian  à Strasbourg, Anne Hidalgo réelue à Paris associée au vert David Belliard mais également Poitiers, Besançon, Tours…la France a viré au vert à l’occasion de ces Municipales 2020 et Millau n’a pas échappé à cette vague.

Emmanuelle Gazel a bénéficié du soutien d’EELV, un soutien renforcé par l’appel de José Bové l’ancien député au parlement européen, à voter pour la candidate socialiste.

Sur ces thèmes forts dont le plus important  fut celui de la mobilité douce et des pistes cyclables, Christophe Saint Pierre a déclenché trop tardivement son programme pour chasser sur les terres d’une candidate engageant sa campagne en arrivant à bicyclette et en terminant celle-ci en organisant sa petite « vélorution » dans les rues de la ville. Plus qu’un symbole, une réalité.

MILLAU DU ROUGE POUR PASSER AU ROSE

Emmanuelle Gazel en s’engageant dans la conquête du pouvoir local présente une liste que certains qualifièrent de clivante avec la présence de militants CGTistes et d’encartés au PC. Bref une liste d’alliance indéniablement vissée et boulonnée à gauche.

Cette stratégie donnée non gagnante par certains milieux locaux a finalement été payante dans une ville administrative où les syndicats tiennent encore le quartier tant du côté du centre hospitalier sur fond de polémique «hôpital médian», de la gare SNCF toujours en veille pour sauver la ligne Béziers – Neussargues que du côté des services municipaux.  Cette force militante par ailleurs fidèle au vote quelles que soient les circonstances, a sans aucun doute pesé lourd dans cette élection à l’avantage de la tête de liste de cette «union de la gauche». Rappelons que la liste conduite en 2014 par Marine Perez (Front de Gauche) était créditée de 8,1% cette année-là, une base solide pour faire basculer de camp la mairie de Millau pour peu que l’alliance soit réalisée. Ce qui fut le cas cette année. Sans compter les reports de voix d’une franche “modérée” de la liste Vallabrègue, un scénario non envisageable en 2014 avec une ligne stricte de l’extrême gauche..

UNE FEMME AU POUVOIR

Même si les femmes restent encore très insuffisamment représentées en qualité de maire, seulement 17% soit moins de 2 maires sur 10 en France, elles poursuivent néanmoins leur marche en avant, notamment dans les grandes villes françaises à l’image de Anne Vignot, Maider Arosteguy, Léonore Moncond’huy, Delphine Labails, Marie-Françoise Fournier, Isabelle Assih, Ericka Bareigts, Jeanne Barseghian, Michelle Rubirola et bien entendu Martine Aubry  et Anne Hidalgo réélues respectivement à Lille et Paris.

Emmanuelle Gazel s’inscrit dans cette dynamique. Agée de 42 ans, elle devient la première femme élue dans une ville de plus de 10 000 habitants dans l’Aveyron.

La ville comptant 54 % de femmes en âge de voter (chiffre 2017), cette statistique a nécessairement joué à la marge en faveur de la vice-présidente de la région en charge de la formation professionnelle placée sous l’aile protectrice de Carole Delga. La présidente de la Région Occitanie s’engageait pleinement aux côtés de la Millavoise, par deux fois présente à Millau pour soutenir «sa» candidate.  Un geste fort confirmant l’ascension politique d’une nouvelle race de femmes politiques, la nouvelle génération du PS autant verte que rose.

LA RENOVATION DE LA VILLE, CA NE PAIE PAS

Christophe Saint-Pierre, le Mairie qui a redonné un certain lustre à la ville…c’est indéniable. Qui pourrait le contester avec comme grande réussite les quais du Tarn, sa réalisation, avec piste cyclable, plage, aires de jeux, espace sportif, lieu de promenade et de rencontre, un lieu aux portes de la ville, que les Millavois ont plébiscité tant la fréquentation est importante.

Mais comme pour la culture, le maire sortant ne capitalise pas sur ces travaux, ces innovations, ces rénovations. Les Millavois seraient-ils autistes à ce point ou bien ont–ils condamné le chef de file de «Millau en Action» sur sa fiscalité à la hausse résultant de ces investissements pour une forme «d’enrichissement» de la ville ? Emmanuelle Gazel l’a bien compris, l’impôt, ça fait toujours peur. Fidèle à une ligne politique, elle prenait en compte les attentes des Millavois sur cette question très sensible avec en toile de fond, la question du projet piscine et salle d’escalade dont le coût fait débat.

BURGER KING, CANAT, LA HALLE DANS LA MALLE DU SECOND TOUR

Au sortir du confinement, trois affaires sortent de leur tanière comme une poussée de champignons pas vraiment comestibles aux beaux jours de l’été. L’installation d’un Burger King, la fermeture de La Halle et le plan de licenciements de Canat, du pain béni pour la candidate socialiste enfourchant ces soubresauts de l’économie locale pour dénoncer mal bouffe et problématique de l’emploi à Millau. Une posture parfaitement dans la ligne de cette militante soucieuse de la santé des gens, de leur emploi et de leur pouvoir d’achat et qui milite notamment pour les circuits courts, les cantines «bio» pour éduquer les enfants sur l’alimentation.

UN MANQUE DE RESERVE DE VOIX POUR CHRISTOPHE SAINT PIERRE

3085 voix pour Christophe Saint Pierre en 2014 contre 2966 pour Guy Durand candidat PS…2733 voix pour le maire sortant en 2020 contre 2668 pour sa challenger. Le premier tour de ces Municipales donne le ton de cette élection, la marge de manœuvre de l’archéologue est réduite.

Pour l’emporter au second tour, il doit compter sur les voix de Jérôme Rouve (une partie de cette liste se prononce pour un report sur le maire sortant). Il doit également s’appuyer sur un vote utile prévisible avec un effritement des voix portées sur la liste de Philippe Ramondenc. Mais faute d’études précises, qu’en est-il vraiment des électeurs Ramondenc, l’électron libre de cette élection ? Inclassable pour certains, plus à droite pour d’autres, pas vraiment de gauche selon l’opinion admise.

Le prof d’histoire géographie va bien chuter de 400 voix mais pour autant l’équation arithmétique en faveur de Christophe Saint Pierre ne fonctionne pas. Au final, cet électorat insaisissable aura joué un rôle de l’ombre pour faire chuter Saint-Pierre et permettre à Gazel de gagner de justesse.

JE PARTICIPE, TU PARTICIPES…

Le mouvement des Gilets Jaunes a certes généré violence et dénonciation en règle des Elites allant de l’élu, au patron du CAC 40 en passant par les journalistes tous suppôts du pouvoir.

Mais il est resté une idée à valoriser, celle du participatif. Permettre aux différents échelons de la vie politique à tout à chacun de s’exprimer et d’interagir sur les décisions des élus.

Les Gilets jaunes ont fait resurgir l’idée du Référendum d’Initiative Citoyenne que de nombreux candidats ont repris à leur compte à l’image d’Emmanuelle Gazel. Une idée forte qui aura été finalement le fil conducteur de sa campagne avec travaux participatifs, débat participatif  en attendant la mise en place d’un budget participatif. Une mesure forte qui ne pouvait que séduire dans un contexte de défiance vis-à-vis des tenants du pouvoir même local.

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