SI ON LAISSAIT NOS CŒURS AU POUVOIR DES FLEURS

Chaque année, début octobre, acheter les fleurs des Templiers, c’est comme un rituel de saison.  Se rendre à la serre de Raujolles, cheminer dans les allées en se laissant porter par une douce chaleur humide, pour admirer les fleurs en robe de saison qui se pavanent fières et altières. S’il le faut, se mettre le nez dans ces bouquets en suspension à la recherche d’un parfum puissant pour enfin dénicher la plante qui aura belle et fière allure sur la scène des Templiers, un privilège d’être choisi ainsi pour être alignée aux premières loges des arrivées, les vainqueurs à leurs pieds. C’est comme se rendre aux jardins des mille couleurs, à deux pas de Millau, au pied du ruisseau de St Martin qui prend sa source tout près, dans le cirque du Boundoulaou où les chauves souris ne craignent pas le hibou.

Les deux frères, Hubert et Didier et leurs épouses Bénédicte et Marie Françoise me reçoivent sur leur pas de porte. Le parking est désert. En catastrophe, ils ont ouvert un drive en sauve qui peut, une grande table, une sonnette et un petit étalage avec une barquette de pensées.  Mais l’entrée de la serre est interdite. Pas de déambulation nonchalante et curieuse à s’interroger sur le nom exotique des fleurs qui explosent de couleurs, gazanias, alstroemerias, rosiers polyanthas…. Des tapis de mauve éclatant, des rangées de bordeaux pulpeux, des lignées de jaune d’or, des colonnes de violet pimenté comme une parade chinoise ordonnée et cadencée pour la fête du printemps.

.«Le ciel nous est tombé sur la tête. Le confinement a débuté la semaine où l’on reçoit tous les plans, légumes, fleurs, toutes les gammes, en petites alvéoles. Depuis, on essaie de sauver ce qui peut se sauver».  Les Rivière, pépiniéristes depuis 25 ans, ce sont des discrets, des besogneux sous cette voûte de plastique où l’été le métier fait transpirer. Didier, c’est l’aîné, c’est le plus discret. Aujourd’hui, il rempote seul en fond de serre. Hubert lui détasse «ça veut dire que l’on fait de la place et que l’on trie ce qui ne sera pas vendu et on remplie les poubelles. On a déjà jeté une série de salades en barquettes».  L’amertume est là, au fond de la gorge comme une mauvaise angine en offensive. Bénédicte et Marie Françoise taillent quant à elles des géraniums et des plantes vivaces déjà bourgeonnantes avec l’espoir qu’elles refleurissent pour orner jardins et balcons en farandoles,  petites sentinelles à bulbes, en corolles, en clochettes, petite armée silencieuse pour donner de la vie, du sourire. Bénédicte et Marie Françoise de dire en cœur «en ce moment, les gens tournent en rond. Ils sont heureux de planter des fleurs. Ca met de la bonne humeur. Ca apaise ».

Dans la serre de Raujolles, des fleurs et des refrains enchantés comme remparts à la désolation… ?! En quittant ce «champ» fleuri, une ritournelle s’est invitée dans mes pensées. Il m’est revenu les paroles de cette chanson interprétée par Laurent Voulzy….

 «Imagine notre espoir

Si on laissait nos cœurs

Au pouvoir des fleurs».

« Changer le monde

Changer les choses

Avec des bouquets de roses

Changer les femmes

Changer les hommes

Avec des géraniums »

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Texte et photographies réalisés le 30 mars à la serre de Raujolles – Creissels, au 14ème jour du confinement.

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