CE CONFINEMENT, C’EST LA BLESSURE DE TROP !

L’un est ballon rond, l’autre ballon ovale. L’un est barbe naissante, l’autre fine moustache brune. L’un est posé, l’autre hyper-actif, c’est ce que disent les copains. Ce sont Greg et Dav pour les intimes et bien plus, pour cette grande tribu de l’OKFE, jeunes et moins jeunes qui veulent rester jeunes. Ensemble, Gregory Viguié et David Capony ont repris en 2018 la destinée de cette enseigne, l’OKFE, un bar du cœur de ville qui réveille les soirées millavoises. Rencontre un lundi matin, un deuxième confinement dans les dents, un brin nostalgique mais pas revendicatif dans l’espoir d’une grande fête pour le Grand Retour libératoire. Au coin d’un bar vernis refait de neuf, entretien à deux voix, deux «je» mais un seul «nous».

. Un second confinement, 5 mois d’arrêt, une fin d’année le rideau fermé, une reprise prévue le 20 janvier, dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

D.C et G.V. : Lors du premier confinement, nous avions passé deux mois à bosser toutes les petites choses qui n’avaient pas été faites. Je mettais le réveil et je venais tous les jours. Nous avions également refait le bar et les éclairages. Mais ce deuxième confinement, c’est la blessure de trop, c’est comme un claquage profond. Ca casse les jambes. Tu es en pleine course et tu ne peux pas repartir. Et en plus, il fait froid, avec un centre ville qui ne vit pas. C’est très prenant. Mais nous avons la confiance de la clientèle. Ca va revenir, nos clients reviendront. Ca repartira à l’été et on fera un bel été.

. L’hiver, c’est une période très particulière pour l’OKFE, comment l’expliquez-vous ?

D.C et G.V. : Oui, Noël, c’est une période particulière. C’est le mois du partage. L’hiver, on cherche la chaleur, on a besoin de se serrer. Finalement, ces quinze derniers jours avant Noël, c’est à la fois l’hiver et l’été réunis. On vient chercher l’ambiance. Nous à Noël, on peut passer d’une soirée NG avec la présentation de la programmation, à une soirée savoyarde puis de la danse avec Crochard ou bien avec l’équipe de 360° d’Aventure. L’an passé, ce fut le lieu de vie de ce Festival. On s’est éclatés. Les aventuriers sont venus ici et on a beaucoup reçu d’eux. Là, tu vois les petites tables, et bien, l’hiver, ce sont 8 personnes qui se serrent. Ils boivent du vin, ils grignotent, ils mangent des huîtres. Ca vient de toute la France. Ce sont les retrouvailles.

. L’OKFE, c’est un style, une ambiance, comment pourriez-vous définir cela ?

D.C et G.V. : Lorsque nous nous sommes décidés à reprendre, on s’est dit «il nous faut un lieu avec de la chaleur». Et si on fait de la restauration, la déco doit se retrouver dans la programmation. Et cette déco brocante donne le thème de la convivialité et du chez soi. Yannick (Yannick l’ancien gérant) est un génie. Il faut imaginer le lieu. Avant, il s’agissait d’un primeur avec du carrelage au sol ! On est donc restés dans le style Yannick, nous avons gardé son esprit. Yannick, c’est un artiste.

. Vous étiez tous les deux autodidactes. A priori, rien ne vous prédestinait à vous lancer dans un tel projet. Quel fut l’élément déclencheur ?

D.C et G.V. : Nous venons tous les deux du monde associatif, du sport. On a donc été formés à tous les challenges, à relever des défis. Tous les deux, nous avons siégé dans des bureaux au SOM foot et aux NG. Ca te porte. On se sent pousser des ailes. On sent l’envie de faire des choses. Et un jour à Noël, on s’est dit «et si on faisait quelque chose tous les deux ? Et feu !». La quarantaine était là et nous étions tous les deux au bout d’un cycle avec l’envie de changer de vie. La vie, c’est du challenge, il y a toujours à apprendre

. A vous entendre, c’est donc le sport qui vous a conduit dans une telle aventure…

D.C et G.V. : Nous sommes imbibés par le sport. On a coaché du foot, du rugby. Il y a donc cette atmosphère, cette volonté de gagner, que l’entreprise avance en cherchant et en trouvant les bons coéquipiers qui, aujourd’hui, sont des piliers. C’est du solide. Oui, faut l’avouer, on est atypique comme patron. Nous n’étions pas du milieu, nous avons donc avancé comme une équipe familiale en essayant d’être à côté de nos salariés et non au-dessus. Déjà, tous les deux, nous sommes cousins. Puis il y a eu Dorian (le fils de David) qui nous a rejoints. Au final, nous sommes quatre qui ont la quarantaine et quatre qui ont la vingtaine, avec des jeunes qui nous font avancer, qui nous poussent alors que les quarantenaires sont plus réfléchis. Tout en gardant le désir d’avancer mais ne pas vivre que pour la boîte, sans trop de pression. C’est notre bébé et on en prend soin.

. Vous souvenez-vous de votre première journée aux commandes de l’OKFE ?

D.C et G.V. : On sortait d’un mois de travail intense et nous avons ouvert le 19 avril pour une soirée. On s’était donné comme objectif d’ouvrir à 18 heures mais à 18h30, nous étions encore pouilleux et crasseux. Finalement, on s’est mis en place et à 19h30, c’était plein partout. Les gens sont venus, curieux de voir, il y avait une attente, un effet de manque. Faut l’avouer, on était un peu «bleu » avec un côté insouciant. Si on faisait venir un pro ici, il se dirait « mais qui sont ces types ? Ils sont barjos avec leur façon de travailler». Mais nous, même si nous n’avons pas toujours été bons, nous en sommes fiers. On s’est donc très vite mis dans le rythme et de suite on a fait la Coupe du Monde.

. Vous venez tous les deux du monde du sport, en reprenant cette belle affaire, avez-vous su gérer la pression ?

D.C et G.V. : On a été un peu comme des fous. C’était un défi, on a du faire nos preuves. On s’est donc mis la pression. Mais encore un fois, on a géré cela en famille. Comme des petites fourmis.

Vous reprenez une belle affaire mais parfois les transmissions ne se soldent pas de succès. Quel a été le ciment entre vous deux pour réussir ce passage de témoin ?

D.C : La réussite, c’est notre complémentarité et même si on a des tempéraments différents, nous avions aussi des similitudes. Moi, (David) je suis plus impulsif, plus compétiteur voire hyper compétiteur. On me dit souvent que je suis hyper actif. Quant à Greg, il est plus posé. Moi, je connaissais le bar. J’avais déjà une vision des soirées, ici mais également au Golf.

. Pour développer votre propre style…

D.C et G.V. : Oui, c’est ça, on a fait évoluer le concept. Au début, notre obsession, c’était de rester dans la continuité de Yannick qui avait développé son affaire pendant sept ans. C’était la réussite de l’OKFE. A Millau, nous avons essayé de créer une alternative, un lieu atypique, avec une ambiance propre, non pas un bar pour l’apéro mais un lieu de retrouvailles. Nous avons rajeuni la clientèle grâce notamment à notre équipe jeune. Finalement, on entretient la flamme, comme dans l’associatif. Mais là, on le fait dans le cadre du travail. Souvent, on nous propose des idées de soirées et nous on fait.

. Pouvez-vous citer des exemples ?

D.C et G.V. : Ce sont d’abord les vendredis soir. Le vendredi, il ne peut pas se passer rien. C’est le sport, les grands évènements, on ne passe pas à côté et on met des écrans partout. Mais ce sont aussi des rendez-vous théâtre, même s’il n’y a que vingt personnes. Qu’importe, c’est de qualité et cela nous enrichit. Amélie est venue nous proposer des soirées théâtre d’impro car le lieu était atypique, un lieu qui amène l’inspiration. Nous avons eu le concours de « pulls moches », le beach-volley. Dorian a organisé un concours de jeux vidéo. Nous avions même prévu un concours de fléchettes comme en Angleterre annulé à cause du confinement. Ce sont parfois des discussions de bar et « feu », on le fait.

. Nous sommes le lundi 7 décembre, en principe vous pourriez rouvrir le 20 janvier soit dans un peu plus de 6 semaines, comment voyez-vous ce que j’appelle le grand retour ?

D.C et G.V. : Ah, le grand retour ! Si on s’écoutait, ce serait une grosse fête de la «libération». Avec l’envie de remplir l’établissement, de retrouver l’ambiance, de serrer les gens dans nos bras, de faire des câlins. Que l’OKFE vive et revive…mais nous n’y croyons pas trop.  Donc le grand retour, il viendra, mais pas avant le beau temps. Quand on fait le résumé de ces derniers mois, on est presque nostalgiques mais attention nous n’avons pas de rancœur. On n’est pas révoltés. Nous le prenons comme un effort collectif, comme un effort national commun. On est peut-être fermé mais ce n’est peut-être pas pour rien. Si ça marche, tout cela sera du passé. Nous, on n’est pas révoltés car c’est compliqué pour tout le monde. On pense aux jeunes (David est toujours prof de sport à mi-temps). Ils sont dans le flou complet, dans une totale incertitude. Nous, on ne connaît pas le demain mais on sait ce que nous venons de réaliser pendant deux ans et demi et on est riche de cela.

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