SIDA, Une journée mondiale morose

La journée mondiale contre le SIDA du 1er décembre n’aura pas l’habituel retentissement en raison de la crise du COVID, qui monopolise les médias. En Aveyron, Noëlle Tardieu, qui œuvre contre cette maladie au sein l’association RELAIS VIH 12, le regrette en soulignant aussi combien cette période difficile perturbe les actions de prévention et dépistage.

Un premier décembre très fade. Noëlle Tardieu ne dissimule pas sa déception de voir cette journée mondiale du SIDA passer au deuxième plan : « Je le ressens beaucoup aujourd’hui. Ce matin, comme d’habitude, j’ai écouté France Inter et ne l’ai pas entendu citer une seule fois. Heureusement, il y a eu le film hier soir sur France 3. »

Certes, elle admet qu’elle s’attendait à ce passage à la trappe du SIDA dans cette année dominée par l’actualité du COVID et maintenant de son vaccin. Mais elle s’indigne tout de même des conséquences : « Si on laisse de côté le VIH, c’est dangereux. Déjà en réalité, on ne maîtrise pas cette maladie, puisqu’on enregistre 6000 à 6500 nouvelles contaminations chaque année. Il ne faut pas se relâcher ! »

Et depuis près de 20 ans qu’elle-même a été diagnostiquée du VIH, elle ne s’est jamais relâchée. D’abord pour se soigner, car sidéenne, elle est passée à deux doigts de la mort. Ensuite depuis 2008, pour s’engager au quotidien dans l’association RELAIS VIH 12.

Avec un credo très simple : « L’idée est que si ce que j’ai vécu et surmonté peut servir à quelque chose. Même si c’est seulement pour une personne ! Je peux parler de ma vie pour expliquer pourquoi il faut se faire dépister. Et mon ancienneté dans la maladie me permet aussi d’aider les nouveaux cas, en leur rendant la vie plus facile. »

Avec aussi en ligne de mire, l’envie de modifier cette « SEROPHOBIE », encore tellement présente dans le grand public. Comme elle le résume : « Les mentalités n’ont pas évolué aussi vite que les traitements. C’est aussi parce que nous, les malades, on vit caché, on n’en parle pas. En Aveyron, on a peur de s’avouer SEROPO ».

200 à 300 personnes porteuses du VIH en Aveyron

Ce sont pourtant 200 à 300 personnes vivant dans l’Aveyron, qui sont positives au VIH, avec environ 190 personnes suivies sur l’hôpital de Rodez, seule structure habilitée, et les autres tantôt sur Montpellier pour la zone Millau, tantôt sur Cahors pour la zone Villefranche de Rouergue.

L’association « RELAIS VIH 12 » intervient, elle, sur deux aspects, la prévention, et l’accompagnement et suivi, en s’épaulant sur un groupe de personnes, vivant toutes avec le VIH, et deux salariés à temps partiel, Noëlle Tardieu et Vladislav Nikolov.

Cette année, la crise sanitaire a largement perturbé leur travail. Les actions de prévention, qui se concentrent sur les publics en difficulté, n’ont pu se dérouler normalement pendant plusieurs mois, de mars à juin, puis à nouveau pour ce deuxième confinement. Les lieux habituels de rencontres, Restaus du Cœur, Centre d’hébergements, Missions Locales pour les jeunes, n’ont pu être investis, pour transmettre le message de l’efficacité d’une détection précoce, qui touche habituellement environ 5 à 6000 personnes en Aveyron.

Comme l’explique Noëlle Tardieu : « Maintenant, la prévention ce n’est pas que le préservatif. Les traitements médicaux sont aussi efficaces. Le médicament curatif peut aussi se prendre en cure après un rapport à risque, ou avant une période où les relations sexuelles peuvent être multiples. »

On ne meurt plus du SIDA !

Le message transmis intègre aussi un constat simple : « Il n’y a pas de vaccin. On ne guérit pas du SIDA. Il y a seulement un traitement. » Un traitement très efficace, puisque cette « ancienne » souligne : « On ne meurt plus du SIDA ! Le traitement est maintenant bien plus léger, avec un seul cachet par jour. Les effets secondaires sont plus faibles. Sans oublier aussi qu’un SEROPO sous traitement depuis plus de 6 mois ne transmet plus le virus. D’où l’importance de le détecter et de le traiter le plus tôt possible. Pour lui, et aussi pour ne pas le transmettre. C’est important pour l’entourage. »

« RELAIS VIH 12 » s’engage également pour cette détection précoce, car habilitée depuis trois ans à effectuer un test rapide à partir d’un prélèvement d’une goutte sur le doigt, utile pour retrouver le VIH et l’hépatite. Ce sont ainsi environ 50 à 60 tests effectués chaque année, essentiellement auprès de personnes éloignées du système de santé.

Avec la crise sanitaire, la prévention a pris une tournure inédite, avec l’organisation de quelques visio-conférences avec les jeunes des Missions Locales, et l’intervention sur des sites de rencontres dédiés aux personnes gay.

Pour Noëlle Tardieu, le téléphone est devenu l’outil privilégié pour poursuivre son travail d’accompagnement des malades. Et d’autant que le confinement, surtout le premier, a provoqué une montée de l’anxiété chez les personnes atteintes, en particulier des plus anciens contaminés. Ceux-là, touchés dans les années 80-90, ont vécu un véritable retour en arrière. Le COVID 19 leur a rappelé cette douloureuse période de leur vie, et a fait monter la crainte que ce virus-là les terrasse.

Les malades décrochent du suivi médical

Mais les messages d’apaisement distillés par RELAIS VIH 12 et l’infirmière du service des Maladies Infectieuses de l’hôpital de Rodez ont limité les manifestations d’angoisse. Avec tout de même à noter, un décrochage au niveau du suivi des examens médicaux, de certains malades inquiets de se rendre à l’hôpital.

Cette journée du 1er décembre a permis à quelques spécialistes du SIDA de prendre la parole pour insister sur les risques provoqués par la diminution des soins médicaux et des détections, avec la création de véritables bombes à retardement en raison des décalages trop grands entre la contagion, le dépistage et le traitement.

Mais la poursuite d’un demi-confinement n’a pas permis aux équipes de RELAIS VIH 12 d’intervenir dans les lycées de Rodez, et la Roque, comme à l’habitude, pour véhiculer des infos précises sur cette maladie. C’est le plus grand regret de Noëlle Tardieu : « C’était l’occasion de s’adresser à tous les publics, pas seulement aux défavorisés. Tout le monde peut être concerné. Car un gay est forcément passé par le lycée. »

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

RELAIS VIH 12 : www.relaisvih12.fr

Articles associés