VELORUTION OU REVOLUTION

Sous l’ère Saint Pierre, 2 km de voies cyclables avaient été réalisées sur les quais du Tarn. Dès son arrivée à la mairie de Millau, Emmanuelle Gazel a embrayé sur ce dossier et une voie sécurisée est déjà en chantier Bld Jean Gabriac. Mais comment un plan vélo global peut-il se construire dans la cité du gant en l’espace d’un mandat électoral ? Constat actuel, difficultés et analyse. En fin d’article merci de répondre au bref questionnaire-sondage pour déterminer quelles peuvent être selon vous les priorités à réaliser en terme de voies cyclables.

Aux abords de la rue des Ondes, une camionnette de la ville garée, trois employés communaux gilets jaunes sur le dos, accroupis, nez au sol, à tendre une longue cordelette. Dans l’axe de cette corde, un fin trait blanc régulier à 2,5 mètres du bord interne de la chaussée. Des panneaux interdiction de stationner apposés tout au long du boulevard Jean Gabriac jusqu’à l’impasse des Ondes,  pas de doute, la « construction » d’une voie cyclable est en route. Un signe fort envoyé par Emmanuelle Gazel élue en juin dernier aux commandes de la ville de Millau, qui, cheveux au vent et mains sur le  guidon, veut transformer ce premier chantier en échappée belle et en promesses de campagne tenues.

L’ETAT DES LIEUX ACTUEL : 6440 mètres de voies cyclables sécurisées

Pour une ville de 20 000 habitants, le bilan en pistes cyclables n’est certes pas glorifiant mais non dénué d’intérêt notamment grâce à la création de la voie sur berges le long du Tarn réalisée sous le mandat Saint Pierre. Un aménagement de loisirs, familial et populaire, piétonnier et cyclable sur une longueur de 1750 m totalement sécurisé que les Millavois se sont pleinement appropriés. Une diagonale épousant la grande courbe du Tarn, à la fois champêtre et opérante pour traverser la ville d’Est en Ouest (ou l’inverse). Ce devait être le point de départ pour l’équipe du maire sortant d’un plan de développement urbain prévoyant mobilités douces, schéma cyclable intercommunal et plan de stationnement.

A  cette voie urbaine qui, pour l’heure, n’enregistre qu’un faible trafic vélocipédique, plus récréatif que «vélotafeur»  s’ajoutent les voies suivantes :

. Avenue de Guyenne – Pont Lerouge : 750 mètres se prolongeant sur Creissels le long du Tarn pour rejoindre le pont submersible sur 1750 mètres soit au total 2500 mètres entre les 2 ponts sur les 2 communes.

. Avenue de l’Europe  – Rue Calixtine Bac  – Pont Submersible : 1250 mètres se prolongeant vers le rond point de Raujolles sur 600 mètres. Voie dangereuse avec pas moins de 15 entrées et sorties sur la zone commerciale avec une signalétique défectueuse, voire inexistante

. Rond Point des Confluents – Avenue de Millau Plage – Camping Millau Plage : 1300 mètres. Cohabitation et partage de la chaussée parfois délicats entre piétons et cyclistes

. Rond Point des Confluents – Ancien chemin de Massebiau : 1500 mètres. Revêtement médiocre avec de nombreuses racines apparentes.

. Bld Jean Gabriac : 140 m entre l’Impasse des Ondes et le Giratoire de Calès au revêtement médiocre

. Bld Emile Lauret – stade de Bicross en contre bas du stade et de la piscine : 500 mètres se terminant en cul de sac au stade de bicross

Soit un ensemble très morcelé affichant un cumul de 6900 mètres de voies sécurisées principalement concentré sur la partie fluviale de la ville. Ce maillage est malheureusement situé à l’écart du centre ville, des zones à forte densité d’habitation et des voies routières à fort trafic automobile.

A cela s’ajoutent bien sûr les rues piétonnières du vieux centre urbain, rue Droite, rue du Mandarous et rue de la Capelle pour ne citer que les plus importantes mais que l’on ne peut pas considérer comme de véritables voies cyclables au sens propre du terme. Elles ne doivent pas être considérées comme des sections de la chaîne cyclable.

UNE PRIORITE : Connecter les voies cyclables existantes

La nouvelle municipalité a donc priorisé la création d’un axe au départ du Pont Lerouge et de la rue des Ondes longeant le boulevard Jean Gabriac pour se connecter au stade, au lycée Jean Vigo et à l’hôpital soit à très court terme 2000 mètres supplémentaires dans le paysage vélocipédique millavois. Cet aménagement sera réalisé à un coût très abordable compte tenu du foncier peu contraignant, notamment cette large contre allée longeant le Boulevard Jean Gabriac sur laquelle sera greffée très aisément une voie roulante large de 2,5 mètres dédiée au vélo.

Soit 6300 mètres par la rive droite ou 6000 mètres par Creissels et rive gauche à partir du Pont Lerouge. A noter que ce projet a été retenu dans le plan «Continuités cyclables 2020» aux côtés de 153 autres projets à travers l’Hexagone. Il bénéficiera d’une aide financière à puiser dans les 70 millions de subventions débloqués par l’Etat.

Par ailleurs, les services municipaux en charge de ce dossier misent sur l’opportunité de se garer Boulevard Jean Gabriac. Une plate forme sera dédiée pour rejoindre par la voie cyclable à fort pourcentage !!! soit le lycée, soit l’hôpital. Un service de type Vélib VAE verra-t-il le jour pour faciliter et rendre opportun un tel schéma innovant pour un ville de la taille de Millau ?

Dans un second temps, en parallèle d’une réflexion et d’une concertation large et citoyenne pour intégrer l’éco-mobilité dans le cœur de ville, la connexion entre ces bouts de pistes devrait être le second chantier à mettre en œuvre, en un mot, mettre fin à la discontinuité de ce réseau.

Ceci afin de créer un axe majeur cohérent et sans rupture entre :

. le rond point de Raujolles et la piscine de Millau en longeant le Tarn soit rive droite, soit rive gauche. Les points ruptures sont multiples mais ne sont pas des obstacles insurmontables. Les points de franchissement à sécuriser sont les suivants :   Giratoire de Calès – Pont Lerouge – Pont de Cureplat (l’aménagement par la voie bétonnée au dessus du Tarn est simple) – les 550 mètres de l’avenue de Calès à fort trafic – le sentier en terre franchissable mais non revêtu pour se diriger vers la piscine – l’accès rue de la Prise d’Eau.

Cet axe pouvant desservir la zone commerciale de Raujolles, la zone industrielle Ouest et son bassin d’emploi ainsi que la cité pavillonnaire de Creissels, comporteraient ainsi trois ramifications :

  • L’accès Nord à l’hôpital
  • L’accès à l’avenue de Millau Plage
  • L’accès à l’avenue de l’Aigoual

UNE CENTRE URBAIN CYCLABLE : priorité à la concertation citoyenne

Lorsque l’on est cycliste (mais pas que !!!) qui n’a pas rêvé d’un Mandarous et d’un tour de ville praticables en toute sécurité lorsque l’on appuie sur les pédales, le doigt sur la sonnette ?

Une utopie ?  Pas si sûr.

Dans tous les cas, l’heure est au vélo. En 2020, le confinement, la crise sanitaire ont précipité les choses en cette année complexe avec sur le plan national  une croissance de plus de 29% des déplacements sur les voies cyclables. Ce chiffre rend optimistes les prévisionnistes tablant sur 9% de déplacements quotidiens à l’horizon 2024 contre 3% actuellement. Et la crise n’a pas enrayé les aménagements planifiés. Bien au contraire, 3792 km de voies ont été réalisées et comptabilisées fin août 2020 en France.

Millau s’inscrit donc dans ce schéma pour réaliser sa petite ou grande vélorution en développant et en sécurisant mieux les trajets réalisés en deux roues.

Ce plan d’aménagement doit être global et doit s’articuler sur quatre grands axes :

  1. La concertation citoyenne :

Pour garantir sa pertinence et son intégration dans le quotidien des citadins, une concertation citoyenne est obligatoire. La parole doit être donnée aux usagers vélo et associations militantes, aux usagers automobilistes, au tissu économique et commercial pour définir des priorités.

Ces tables rondes doivent bien entendu s’appuyer sur une expertise de terrain pour définir les grands sites d’attractivité (établissements scolaires, hôpital, mairie, zones commerciales et industrielles, stades, lieux de loisirs…),  les flux actuels, les flux à venir en fonction de l’augmentation de la pratique au fil des années et de l’évolution de l’urbanisme local (comptage par cellules de type Kiomda). Le développement de la ville de Millau sur ses coteaux laisse à penser que la création de voies pénétrantes se connectant sans disruption au Tour de Ville puis à la voie sur berge est l’une des premières nécessités. Un vrai casse tête compte tenu du paysage tortueux avec pas moins de 12 rues et avenues descendant des quartiers Cartayre, Viastels, Cap des Barry, Naulas, Malhourtet, Combecalde et échouant sur la rue Montplaisir et Charles Dutheil et la voie de chemin fer à franchir.

  1. La sécurisation des parcours à vélo :

Mieux vaut moins et mieux que plus et mal. Cette devise s’applique à la mise en service de voies cyclables. La sécurisation des parcours vélo passent par des aménagements standards et des évidences en termes de sécurité pour que le vélo puisse conquérir l’espace urbain en toute sérénité :

. création de voies aux largeurs réglementaires, au revêtement distinctif avec bande de protection latérale protégeant du trafic automobile

. Interdire le partage des trottoirs, c’est soit pétions, c’est soit vélo, mais pas les 2 (exemple place du Mandarous)

. sécurisation des rues à 30 km/heure, un pis aller faute de mieux mais parfois très dangereux (exemple l’avenue de Calès)

. bannir les voies uniquement matérialisées par une simple bande de peinture. Ce principe fut adopté dans le passé sur le Tour de Ville. Ce fut un échec avec stationnement anarchique devant certains commerces de proximité, non respect de cette voie peu visible, véhicules stationnés mais trop longs débordant sur la chaussée notamment les jours de marché, véhicules dangereux en sortie de stationnement (exemple Bld Richard et St Antoine).

. création de by-pass lors des rétrécissements de chaussée (exemple Giratoire de Calès – Avenue de Calès)

. sécuriser les entrées et sorties de zones commerciales (exemple Avenue de l’Europe)

. limitation générale de la vitesse automobile à 30 km/heure (exemple Avenue Gambetta)

. création de parkings vélo

  1. Un plan de stationnement :

Comme ce fut le cas lors de la création des voies piétonnières, l’intégration de voies cyclables modifie durablement à la fois la circulation automobile et le stationnement urbain. Millau n’échappera pas à cette problématique, sources inévitables de tension entre usagers vélo, automobilistes, riverains et commerçants d’où la nécessité d’un vrai dialogue et d’une vraie négociation.

Si Millau n’est pas vraiment concerné par l’intermodalité, c’est-à-dire la complémentarité des moyens de progression bus + vélo, voiture + vélo, train + vélo,  elle n’échappera pas aux problématiques de stationnement si l’emprise des voies cyclables venait à réduire les places disponibles en centre ville.

Prenons l’exemple du Tour de Ville avec création d’une voie cyclable sécurisée doublée d’une en sens unique des 4 grands boulevards (L’Ayrolle, Bonald, Richard et Antoine avec liaison sur les quais du Tarn (par Gambetta, rue du Rajol, rue Champ de Prieur, rue de la Saunerie… ???), le grand fantasme de nombreux Millavois. Cette vélorution viendrait à supprimer sur ces 1600 mètres de chaussée près de 250 places de parking. Très concrètement, ce projet ne peut voir le jour qu’en trouvant des solutions convenables pour le stationnement notamment des riverains et habitants du centre ville. Christophe Saint Pierre avait réfléchi à créer une zone opérante sur l’ancien site du SERNAM, qu’en sera-t-il du plan Gazel by bike ?

  1. Le développement d’une vraie culture du vélo :

Millau possède une vraie culture du vélo mais il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers. Plusieurs axes sont à privilégier :

1 : à destination des scolaires : pour développer la mobilité scolaire presque inexistante et la mobilité sur les lieux de pratique sportive (accès à La Maladrerie, piscine municipale, stade municipale, gymnase…)

2 : à destination des entreprises : pour développer l’usage du vélo pour se rendre sur son lieu de travail en communiquant mieux sur les aides fiscales proposées par l’Etat (aide à l’achat d’un VAE, aide à l’achat d’une flotte de vélos au sein d’une entreprise, prise en charge du forfait mobilité, versement d’indemnités kilométriques…)

3 : à destination de l’usager vélo et automobiliste : pour un meilleur respect mutuel et un respect du code de la route, les cyclistes sont directement visés car très souvent pris en flagrants délits d’infraction (non respect des stop, feux rouge, utilisation des trottoirs…)

Samedi 26 septembre, une grosse centaine de cyclistes a manifesté à l’initiative de l’association IN’VD pour que les élus s’engagent vers un plan « mobilité douce ». Avant eux, l’association « les Tadam » avait également manifesté pour la reconquête de la vallée du Tarn afin de faire naître à terme une voie sécurisée. La création de la piste cyclable conduisant à l’hôpital est la première réponse apportée mais le chantier global s’annonce complexe pour réussir une vraie vélorution sans mettre le feu né d’une petite révolution locale si le consensus n’était pas trouvé sur le bienfondé d’un aménagement urbain intégrant enfin les modes de transports peu impactant sur l’environnement.

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