QUEL AVENIR POUR L’AIRE DES CAZALOUS

Voilà maintenant plus de trois ans qu’à la sortie de Creissels, l’Aire des Cazalous, demeure inoccupée, après l’arrêt de son exploitation pour le Viaduc de Millau, qui y mettait en avant l’ouvrage depuis 2001. Un projet est en cours de définition par l’Office de Tourisme de Millau, dans le cadre d’une nouvelle stratégie touristique. Il devrait être présenté à l’automne.

Un très bel espace tombé en friches. L’Aire des Cazalous n’est plus ce lieu visité par ces milliers de touristes comme il l’était au temps de sa « splendeur ». Celle de son exploitation par Eiffage pour une mise en valeur du Viaduc de Millau. Et cela depuis la fin 2016 où Eiffage décidait de se retirer de cet espace pour se recentrer sur la seule Aire du Viaduc.

Trois ans plus tard, son grand local, son large parking, et les beaux espaces verts les entourant n’ont pas retrouvé d’activité. Qu’en sera-t-il dans les mois à venir ? La question est posée à son propriétaire, la Communauté de Communes de Millau Grands Causses. Mais Frédéric Hideux, le patron de l’Office de Tourisme de Millau, demeure très secret. Il se borne à expliquer : « Un projet existe dans le cadre de la mise en tourisme de la collectivité. Le site sera intégré en adéquation avec la stratégie touristique globale. »

Un projet présenté à la rentrée

Une stratégie en cours de finalisation, mais ce travail a subi du retard en raison du confinement. C’est maintenant à la rentrée que cette nouvelle orientation devrait être présentée. Une fois la situation sanitaire revenue quasi à la normale, mais également après que les élections municipales aient pu déboucher sur la désignation d’un nouveau conseil communautaire et d’un nouveau Président de Communauté.

Ce n’est évidemment pas lors du prochain conseil programmé pour ce 17 juin qu’un tel dossier pouvait être abordé. Il s’agira ce jour-là d’un Conseil très particulier, puisqu’il mêlera de nouveaux conseillers, les maires déjà élus dans diverses communes, et d’anciens conseillers, pour les Mairies qui demeurent encore dans l’expectative du deuxième tour du 28 juin.

Une exploitation très réussie durant la construction du Viaduc

L’exploitation de cette aire n’a pas manqué de péripéties à ses débuts, et un observateur particulièrement avisé ne les a pas oubliées. Jean-François Dumas, directeur de la Communauté de Communes de Millau Grands Causses depuis sa création, fin 1999, et tout nouvellement élu à la mairie de Mostuéjouls, les égrène. Avec d’abord cet article 30 inclus dans le contrat de concession du Viaduc signé par Eiffage pour la construction de l’ouvrage, et qui impose à l’entreprise de BTP d’assumer la mise en tourisme du Viaduc jusqu’à son ouverture.

C’est en 2002, qu’Eiffage remplace les Algeco du départ par la construction du Pavillon Découverte, où stoppent les fameuses navettes décapotables, qui amènent les touristes du centre-ville de Millau vers l’aire du Viaduc. Un produit touristique à gros succès, drainant chaque année plusieurs milliers de touristes.

Le site est pérennisé pour son intérêt touristique

La fin de la construction du Viaduc, et son ouverture fin 2004, marquent un tournant, et Jean-François Dumas se rappelle une situation chaotique : «Il y avait simplement une occupation temporaire pour les terres privées utilisées pour l’Aire. Jean-Luc Gayraud, le président de l’époque, a négocié l’achat du terrain aux agriculteurs propriétaires à 15 jours seulement de la fin de cette occupation. » Car la Communauté de Communes a bien compris tout l’intérêt touristique de ce lieu, et veut pérenniser le site ainsi que les voies de chantier, Piste Nord, Piste Sud, utilisées par Eiffage pendant la construction et normalement appelées à disparaître.

Exit pourtant à ce moment-là d’Eiffage qui, en accord avec le fameux article 30, quitte en décembre 2004 l’aire des Cazalous, mais y revient dès juillet 2005, compte tenu des difficultés de gestion rencontrées par l’Office de Tourisme. Avec la contrepartie d’un loyer à prix raisonnable compte tenu que le bâtiment a été érigé aux frais de l’entreprise.

Débute alors une période de 15 années, qui verra la conception d’un site très novateur, le Jardin des Explorateurs, bâti par Eiffage pour un coût de 850.000 euros, qui fait revivre la construction du viaduc avec des éléments réels ou recréés. Et Maud Limare, chargée de la communication pour le Viaduc de Millau, rappelle quelques chiffres repères : 320.000 visiteurs au Viaduc Espace Info, 6730 pour le Jardin des Explorateurs en 2007, et 14.000 en 2016, ultime année d’exploitation par Eiffage.

L’exploitation du site par Eiffage est abandonnée en 2017

Car fin 2016, Eiffage renonce à ce site, en vue d’économies budgétaires, compte tenu de la baisse de fréquentation sur l’Aire, d’environ 10% par an, et décide de se concentrer sur la seule Aire du Viaduc, située au niveau du Viaduc, forte d’une fréquentation massive, 800.000 à 1 million de personnes chaque année, et où Eiffage y comptabilise 160.000 visiteurs dans l’espace Viaduc Expo, et 13.000 dans les visites guidées payantes sur le « Sentier des Explorateurs ».

Un arrêt d’exploitation qui a fait grincer des dents du côté des professionnels qui, en 2005, avaient proposé la création d’un lieu de restauration et dédié à la promotion des produits de pays. Serge Gaillard, le patron du « Bowling », président national du syndicat des cafetiers de l’UMIH, était partie prenante dans ce groupement et ne dissimule pas son regret de ce projet non abouti. Quinze ans plus tard, il soutient ignorer la teneur de la nouvelle initiative en gestation. Et la Mairie de Creissels n’a pas plus connaissance d’un futur projet.

Récemment, un concept mêlant restaurant et piste de descente VTT a été refusé. Et il est vrai que le cadre avec sa vue exceptionnelle sur la vallée du Tarn et l’ouvrage du Viaduc offre une très belle opportunité pour un restaurant étoilé aux portes de Millau pour contre-balancer la création d’un Burger King prévu à l’opposé de la ville . Alors quelle idée émergera pour que ce bel espace des Cazalous sorte de son endormissement ??

  • Texte : Odile Baudrier 

Photographies réalisées le 17 juin 2020 par Gilles Bertrand

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